Quelles ont été les principales évolutions de ces derniers mois pour la SF2H ?
Pr Jean-Winoc Decousser : La société savante a fait évoluer sa stratégie en privilégiant des avis courts plutôt que des recommandations complètes. Sur certains sujets, il nous a en effet paru important d’apporter rapidement une réponse, même synthétique. Par exemple, en janvier, nous avons publié un avis sur les fils de suture enduits de biocides pour prévenir les infections du site opératoire. Les bénéfices étant pressentis, il nous a semblé pertinent de prendre position sans attendre un travail exhaustif sur l’ensemble des autres mesures actuellement évaluées par le conseil scientifique sur le sujet. D’autres avis sont en effet en préparation sur d’autres thématiques en lien avec la prévention des infections du site opératoire. Nous continuerons aussi à produire en parallèle des documents plus complets, notamment sur la chirurgie réalisée hors bloc opératoire. Par ailleurs, nous avons créé cette année la commission « Transition écologique et prévention du risque infectieux » (TEPRI), pilotée par la Dr Emmanuelle Joseph, pour structurer et renforcer nos réflexions environnementales. Plusieurs disciplines s’engagent dans cette voie, et il est essentiel d’avancer collectivement tout en restant vigilants.
Pourriez-vous évoquer votre prochain congrès, qui se tiendra à Lille du 3 au 5 juin 2026 ?
C’est un rendez-vous majeur avec 1 200 à 1 500 participants et plus de 80 partenaires industriels, réunissant des professionnels de plusieurs pays. Les thématiques incluront notamment l’intelligence artificielle, qui peut aider à mieux exploiter les données et à renforcer la prévention. Nous regrettons d’ailleurs que cette technologie soit encore peu accessible aux hygiénistes, alors qu’elle leur permettrait de se recentrer sur des missions à forte valeur ajoutée, dans un contexte marqué par des tensions importantes sur les ressources humaines. La difficulté réside dans le fait que la prévention produit peu d’activité visible, difficile à valoriser dans un système centré sur l’immédiateté. Nous parlerons aussi de l’architecture des soins, comme la ventilation, dont l’importance a été montrée lors de la crise du COVID-19, ainsi que de la prévention des risques liés aux circuits d’eaux usées, notamment les siphons, véritables réservoirs de micro-organismes potentiellement multirésistants. Enfin, nous évoquerons les soins critiques, car les services de réanimation concentrent des patients présentant de nombreux facteurs de risques infectieux. Des progrès importants ont été réalisés sur les infections liées aux cathéters centraux, mais les pneumopathies acquises sous ventilation mécanique restent un enjeu majeur.
Et la dimension médico-sociale ?
Elle est essentielle. Nous accueillerons de nombreux professionnels du médico-social, notamment des équipes intervenant en EHPAD. Des sessions leur seront dédiées, par exemple sur la vaccination contre le pneumocoque. La crise du COVID-19 a profondément marqué notre réflexion : les EHPAD sont des lieux de vie, non de confinement. Il est apparu clairement qu’il est impossible d’empêcher totalement l’introduction de virus, sauf à recourir à des mesures de restriction extrêmes, difficilement acceptables d’un point de vue éthique. De plus, certains résidents présentent des troubles cognitifs avec des comportements de déambulation. Les contraindre ou modifier leur environnement peut aggraver leur état en altérant leurs repères. Il faut donc accepter une certaine circulation des agents infectieux dans ces structures, tout en cherchant à éviter les formes graves de maladie.
Concrètement, à quels risques fait-on face ?
Les principaux agents infectieux en circulation sont aujourd’hui la grippe, le SARS-CoV-2 et le virus respiratoire syncytial (VRS), auxquels s’ajoute le pneumocoque, capable de provoquer des surinfections. Mais des progrès importants ont été réalisés : vaccins améliorés contre la grippe, forte réduction des formes graves du COVID-19 grâce à l’immunité acquise, et existence d’un vaccin efficace contre le VRS. Toutefois, et à l’inverse des nourrissons, l’accès à ce dernier type de vaccin reste limité pour les personnes âgées en raison de son coût et de l’absence de remboursement, malgré une efficacité démontrée et les actions conjointes de lobbying de la part de plusieurs sociétés savantes – ce qui pose un réel enjeu d’équité générationnelle. Concernant le pneumocoque, les avancées sont également notables, avec des vaccins spécifiquement adaptés aux souches responsables d’infections chez la personne âgée, offrant une protection durable.
Que préconisez-vous ?
L’objectif idéal serait une couverture vaccinale complète en EHPAD afin de réduire les formes graves et les décès. Cela nécessite le remboursement des vaccins et une meilleure adhésion des résidents et de leurs familles, souvent facilitée par le bénéfice individuel direct. La situation est plus complexe pour les professionnels de santé, avec une baisse globale de la vaccination antigrippale depuis vingt ans et de fortes disparités : les médecins sont les plus vaccinés, suivis des infirmiers, puis des aides-soignants, dont le taux reste inférieur à 10 %, malgré leur exposition. L’absence d’un ordre professionnel pour ces derniers limite les relais d’information. Il est nécessaire de diversifier les canaux de communication et de prendre en compte les dimensions psychologiques et sociales : le refus vaccinal peut refléter une défiance plus large, amplifiée par la désinformation et les discours anti-scientifiques.
Le mot de la fin ?
Nous observons aujourd’hui une remise en question croissante de la parole scientifique et médicale. Cette évolution est préoccupante, car elle affaiblit la capacité de la science à éclairer les décisions de santé publique. La science repose sur le doute, la remise en question des dogmes et l’évolution constante des connaissances. Mais cette dynamique doit rester fondée sur des données fiables et une approche rigoureuse. Lorsque les discours anti-scientifiques prennent de l’ampleur, parfois relayés à des niveaux élevés de responsabilité, cela complique considérablement le travail des professionnels de santé. Nous ne pouvons que le déplorer et continuer à défendre une approche fondée sur les preuves et la rigueur scientifique.
- Plus d’informations sur https://www.sf2h.net
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
Pr Jean-Winoc Decousser : La société savante a fait évoluer sa stratégie en privilégiant des avis courts plutôt que des recommandations complètes. Sur certains sujets, il nous a en effet paru important d’apporter rapidement une réponse, même synthétique. Par exemple, en janvier, nous avons publié un avis sur les fils de suture enduits de biocides pour prévenir les infections du site opératoire. Les bénéfices étant pressentis, il nous a semblé pertinent de prendre position sans attendre un travail exhaustif sur l’ensemble des autres mesures actuellement évaluées par le conseil scientifique sur le sujet. D’autres avis sont en effet en préparation sur d’autres thématiques en lien avec la prévention des infections du site opératoire. Nous continuerons aussi à produire en parallèle des documents plus complets, notamment sur la chirurgie réalisée hors bloc opératoire. Par ailleurs, nous avons créé cette année la commission « Transition écologique et prévention du risque infectieux » (TEPRI), pilotée par la Dr Emmanuelle Joseph, pour structurer et renforcer nos réflexions environnementales. Plusieurs disciplines s’engagent dans cette voie, et il est essentiel d’avancer collectivement tout en restant vigilants.
Pourriez-vous évoquer votre prochain congrès, qui se tiendra à Lille du 3 au 5 juin 2026 ?
C’est un rendez-vous majeur avec 1 200 à 1 500 participants et plus de 80 partenaires industriels, réunissant des professionnels de plusieurs pays. Les thématiques incluront notamment l’intelligence artificielle, qui peut aider à mieux exploiter les données et à renforcer la prévention. Nous regrettons d’ailleurs que cette technologie soit encore peu accessible aux hygiénistes, alors qu’elle leur permettrait de se recentrer sur des missions à forte valeur ajoutée, dans un contexte marqué par des tensions importantes sur les ressources humaines. La difficulté réside dans le fait que la prévention produit peu d’activité visible, difficile à valoriser dans un système centré sur l’immédiateté. Nous parlerons aussi de l’architecture des soins, comme la ventilation, dont l’importance a été montrée lors de la crise du COVID-19, ainsi que de la prévention des risques liés aux circuits d’eaux usées, notamment les siphons, véritables réservoirs de micro-organismes potentiellement multirésistants. Enfin, nous évoquerons les soins critiques, car les services de réanimation concentrent des patients présentant de nombreux facteurs de risques infectieux. Des progrès importants ont été réalisés sur les infections liées aux cathéters centraux, mais les pneumopathies acquises sous ventilation mécanique restent un enjeu majeur.
Et la dimension médico-sociale ?
Elle est essentielle. Nous accueillerons de nombreux professionnels du médico-social, notamment des équipes intervenant en EHPAD. Des sessions leur seront dédiées, par exemple sur la vaccination contre le pneumocoque. La crise du COVID-19 a profondément marqué notre réflexion : les EHPAD sont des lieux de vie, non de confinement. Il est apparu clairement qu’il est impossible d’empêcher totalement l’introduction de virus, sauf à recourir à des mesures de restriction extrêmes, difficilement acceptables d’un point de vue éthique. De plus, certains résidents présentent des troubles cognitifs avec des comportements de déambulation. Les contraindre ou modifier leur environnement peut aggraver leur état en altérant leurs repères. Il faut donc accepter une certaine circulation des agents infectieux dans ces structures, tout en cherchant à éviter les formes graves de maladie.
Concrètement, à quels risques fait-on face ?
Les principaux agents infectieux en circulation sont aujourd’hui la grippe, le SARS-CoV-2 et le virus respiratoire syncytial (VRS), auxquels s’ajoute le pneumocoque, capable de provoquer des surinfections. Mais des progrès importants ont été réalisés : vaccins améliorés contre la grippe, forte réduction des formes graves du COVID-19 grâce à l’immunité acquise, et existence d’un vaccin efficace contre le VRS. Toutefois, et à l’inverse des nourrissons, l’accès à ce dernier type de vaccin reste limité pour les personnes âgées en raison de son coût et de l’absence de remboursement, malgré une efficacité démontrée et les actions conjointes de lobbying de la part de plusieurs sociétés savantes – ce qui pose un réel enjeu d’équité générationnelle. Concernant le pneumocoque, les avancées sont également notables, avec des vaccins spécifiquement adaptés aux souches responsables d’infections chez la personne âgée, offrant une protection durable.
Que préconisez-vous ?
L’objectif idéal serait une couverture vaccinale complète en EHPAD afin de réduire les formes graves et les décès. Cela nécessite le remboursement des vaccins et une meilleure adhésion des résidents et de leurs familles, souvent facilitée par le bénéfice individuel direct. La situation est plus complexe pour les professionnels de santé, avec une baisse globale de la vaccination antigrippale depuis vingt ans et de fortes disparités : les médecins sont les plus vaccinés, suivis des infirmiers, puis des aides-soignants, dont le taux reste inférieur à 10 %, malgré leur exposition. L’absence d’un ordre professionnel pour ces derniers limite les relais d’information. Il est nécessaire de diversifier les canaux de communication et de prendre en compte les dimensions psychologiques et sociales : le refus vaccinal peut refléter une défiance plus large, amplifiée par la désinformation et les discours anti-scientifiques.
Le mot de la fin ?
Nous observons aujourd’hui une remise en question croissante de la parole scientifique et médicale. Cette évolution est préoccupante, car elle affaiblit la capacité de la science à éclairer les décisions de santé publique. La science repose sur le doute, la remise en question des dogmes et l’évolution constante des connaissances. Mais cette dynamique doit rester fondée sur des données fiables et une approche rigoureuse. Lorsque les discours anti-scientifiques prennent de l’ampleur, parfois relayés à des niveaux élevés de responsabilité, cela complique considérablement le travail des professionnels de santé. Nous ne pouvons que le déplorer et continuer à défendre une approche fondée sur les preuves et la rigueur scientifique.
- Plus d’informations sur https://www.sf2h.net
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici